Où sont les poissons ? C’est une question que beaucoup de personnes se posent depuis quelques années à La Réunion. Petits pêcheurs, observateurs, passionnés de la mer, ou amateurs de poissons frais, tous se posent la question.

Le bon temps

Les habitués de la mer se souviennent tous des chasses de poissons, ces petits regroupements de poissons localisés qui bouillonnent à la surface et dans lesquels les oiseaux marins plongent tout bec dedans pour attraper leur part. Ces chasses on les observait tout près des côtes, parfois à quelques dizaines ou centaines de mètres du bord seulement. Ces phénomènes étaient fréquents et témoignaient de la présence des thons, des dorades et autres grands poissons pélagiques (qui vivent en haute mer) qui suivent et se nourrissent de ces petits bancs de poissons. Voir des dorades en surface ou des thons sauter pendant ces chasses était commun. Les petits pécheurs connaissent bien et sortent les lignes pour tenter d’attraper quelques gros prédateurs dans cette frénésie.

Aujourd’hui tout a changé

Mais voilà, depuis à peu prés cinq ans, les chasses ont quasiment disparues près des côtes. Il faut faire plusieurs milles pour les trouver, alors pourquoi ? Pourquoi les thons, dorades et autres gros prédateurs ne s’approchent plus de la côte comme avant ? Les sardines, banc cloches et autres petits poissons (que l’on appelle poissons fourrages en référence à leur position au début de la chaîne alimentaire) sont toujours présents. Malgré la pêche locale importante au filet de ces espèces les bancs sont toujours là, et de tailles importantes nous rapportent les pêcheurs. Levez vous de bonne heure et aller les chercher avant le lever du soleil là où ils sont habituellement et vous verrez que le poisson fourrage est bien là. Alors pourquoi les prédateurs ne sont plus là si leur menu est servi ?

De mémoire de pécheur en canot ça n’était jamais arrivé, « quand la saison rentre le poisson est là aussi, mais tout ça c’est fini » nous dit un gramoun.

Un peu plus loin de la côte il y a aussi les petits DCP, ces dispositifs de concentration de poissons, ils sont réservés aux professionnels la semaine et ouverts aux pécheurs de loisirs les weekends et jours fériés entres d’autres restrictions. Mais pour les petits DCP nous dit on, c’est la même chose, le poisson n’est plus là. Si le poisson ne s’approche plus des côtes il y a forcément une raison…

Une réponse évidente

Tout le monde connait l’impact de la surpêche sur les océans, alors on a voulu savoir si il y avait beaucoup de gros bateaux de pêches dans la zone, et une petite recherche rapide sur internet nous a permis de découvrir un site que nous partageons avec vous : https://www.vesselfinder.com/fr

Sur ce site il vous suffira de déplacer et agrandir la carte pour trouver la Réunion, et vous pourrez observer tous les bateaux référencés en temps réels dans la zone. En bleu ce sont les bateaux de pêches, les autres couleurs on en reparlera une autre fois. Nous vous laissons observer tous les jours la quantité de bateaux de pêches qui sillonnent et vident la zone. Les techniques de pêche sont variées et ne laissent aucune chance aux bancs de thons et de dorades souvent attirés par des DCP largués par ces bateaux, mais aussi localisés par des techniques radars, acoustiques et satellites. Il y a même une thèse pour des applications halieutiques (donc pour optimiser la pêche) , qui est disponible ici.

Une petite partie de ces thons et dorades est revendue localement dans la grande distribution, mais la majeure partie va finir dans des conserveries comme celle qu’on retrouve aux Seychelles, mais pas que.

Vous observerez sur la carte la disposition des bateaux autour de la Réunion, de Maurice, des Seychelles, au nord et au sud de Madagascar, et les barrières virtuelles qu’ils opposent aux bancs circulant sur ces trajets connus.

Alors peut être qu’après vous pourrez trouver une réponse à la question : pourquoi il n’y a plus de poissons pélagiques prés des cotes Réunionnaises ? Et à la lumière de ces sources fiables vous pourrez même vous demander quelles autres problématiques ça pourrait poser et puisque le but c’est d’être constructif il faut aussi réfléchir à ce que nous Réunionnais pouvons mettre en place pour mieux protéger la ressource.

Dans un prochain article nous parlerons des eaux territoriales et des zones exclusives économiques en mer, et vous verrez qu’il est possible d’agir dès lors que les locaux se mobilisent pour interpeller l’état.

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